Histoires d'entreprises, de dirigeants et VIP / interviews

Interview de Hugues Lallemand

1/ Bonjour monsieur Hugues Lallemand, pouvez-vous commencer par présenter votre parcours mais aussi votre personnalité ?

Hugues Lallemand : Après un DESS en gestion des entreprises publiques à Paris IX Dauphine, un DEA de droit fiscal et finances publiques à Paris II Panthéon Assas, je suis parti en mission en Afrique centrale afin de développer des projets pour un dispensaire de santé.

Hugues Lallemand 3e RPIMa officier parachutisteJe me suis ensuite engagé comme officier parachutiste au 3 ème RPIMa, j’ai eu la joie de commander une section de marsouins parachutistes où nous avons participé à une opération extérieure au Tchad.

J’ai pu constater et réfléchir à toutes les problématiques économiques et sociales que rencontraient ces pays.

 

Je suis parti ensuite aux États-Unis à Washington DC dans un cabinet spécialisé dans la communication des entreprises.

J’ai eu ensuite la chance de rencontrer René Monory qui venait de prendre la présidence du Sénat. Ce dernier m’a demandé d’intégrer son cabinet et de participer à la belle aventure du FUTUROSCOPE qui commençait. Dans ce cadre, j’ai eu la joie d’animer et manager de très belles équipes.

J’aime les challenges, motiver chaque membre d’une équipe en étant exigeant sur les objectifs tout en laissant beaucoup de latitude et d’autonomie.

Mon rôle est de les accompagner, les aider et les encourager.

Hugues Lallemand acteur tourisme territorial

 

2/ Après 23 ans au service du développement touristique, vous quittez votre poste de Directeur de l’Agence de créativité et d’attractivité du Poitou, laissant un très beau palmarès. On aimerait beaucoup que vous nous en parliez.

Hugues Lallemand : Après René Monory, j’ai eu la chance de rencontrer un autre géant du monde politique Jean-Pierre Raffarin qui est devenu mon président et avec lequel nous avons réalisé de nombreux beaux projets dans le Poitou.  Ce dernier m’a apporté beaucoup de méthodologie en matière de communication et de marketing.

Le Poitou était un territoire qui n’était pas industrialisé et sans métropole.

S’il y avait un patrimoine naturel et historique intéressant, il fallait bien constater que la France dans son ensemble possède des sites exceptionnels qui concurrençaient largement le nôtre.

Il a fallu organiser le tourisme en termes d’offres de découvertes, d’hébergements et de restaurations.

Ce projet territorial a été passionnant et intellectuellement riche.

Il fallait imaginer des concepts, les structurer, les organiser et les mettre en œuvre.

Un point essentiel, il fallait déceler les « perles rares », les femmes et les hommes capables de gérer les réalisations et susceptibles d’atteindre nos objectifs ambitieux.

 

En un quart de siècle, nous sommes passés de quelques dizaines de millions d’euros de chiffres d’affaires touristiques à presqu’un milliard d’euros ! Ce qui a été accompli est unique en France.

Nous avons eu certes de gros projets comme le Futuroscope, le Center-Parcs du Bois aux Daims ou des grands parcs animaliers de nouvelle génération, mais également une multitude de projets sur tout le Territoire, chaque commune a vu naitre un ou plusieurs projets : gites, restaurants, hébergements, réalisations d’agrotourisme avec la mise en avant des producteurs. Beaucoup de projets innovants, insolites comme le village flottant, le premier créé en France…

 

A chaque projet, une nouvelle aventure humaine se dessinait avec des femmes et des hommes mobilisés pour atteindre leur rêve…

Cette créativité territoriale n’a pu se concrétiser qu’avec la mobilisation de l’ensemble de mes équipes pour former la grande Famille du Tourisme (hôtels, campings, gîtes, chambres d’hôtes, sites touristiques, offices de tourisme, associations de restaurateurs, producteurs et tous les grands labels régionaux et nationaux).

Chaque prestataire apportait son expérience et son savoir-faire, chaque rencontre engendrait un nouveau projet…

 

Sur un territoire il y a besoin de grands et de petits projets qui s’imbriquent les uns aux autres, tous sont essentiels.

Hugues Lallemand et le president Emmanuel Macron

3/ Monsieur Lallemand, quels sont, selon vous, les indicateurs de l’attractivité d’un territoire ?

Hugues Lallemand : Au-delà des indicateurs traditionnels, tels que la démographie, les services publiques, les taux de fiscalité, le revenu moyen par habitant… Il semble important que les responsables politiques et administratifs puissent mettre en place un observatoire des projets entrepris sur le territoire.

La vie n’a de sens que par les projets. Un territoire meurt faute de projets.

Si nous ne voulons pas nous enfoncer dans la crise économique, sociale et politique, il nous faudra nous mobiliser fortement pour susciter de nouveaux projets.

 

Or, il n’y a pas d’organisme spécialisé dans le développement en France ayant un potentiel aussi bien sur le plan horizontal que vertical.

Les projets sont très lourds à mener car la bureaucratie et la règlementation parfois incohérentes sont très lourdes et découragent nombreux acteurs.

 

Cet observatoire des projets me semble donc essentiel à mettre en place dans les territoires en difficulté. Il devrait chaque année avoir un rapport dans chaque département envoyé aux préfets, aux présidents des collectivités afin de faire remonter au ministère dédié les problématiques de blocage.

 

Je suis passionné par la protection de l’environnement, les projets doivent émerger en respectant la nature. Parfois même en apportant plus de biodiversité qu’il y en avait.

S’il y a du bon sens, l’Homme peut être l’ami de la nature même dans ses projets de développement.

J’ai eu beaucoup de bonheur de travailler avec des associations de protection de la nature comme par exemple la LPO, ces dernières devenaient des partenaires et des conseils pour protéger et attirer des espèces en voie de disparition sur des sites parfois fréquentés par l’Homme.

 

Je pense qu’il faudrait faire une réforme de l’administration pour que les femmes et les hommes de ces services puissent ne pas être uniquement dans le contrôle mais puissent accompagner les acteurs avec des solutions alternatives.

Hugues Lallemand et le tourisme en Chine

4/ Pensez-vous que l’on peut faire du tourisme un levier pour le développement d’un territoire ? Si oui, comment ? Et cela peut-il fonctionner pour un petit territoire autant que pour un grand ?

Hugues Lallemand : Avec la robotisation et l’intelligence artificielle, beaucoup de métiers dans tous les secteurs économiques vont disparaitre.

Le secteur touristique est impacté notamment en matière de communication, commercialisation et marketing. Mais à l’opposé, il suscite la naissance de nombreux nouveaux métiers.

Le Tourisme souvent galvaudé et caricaturé est non seulement un vecteur formidable de développement mais aussi un vivier important d’emplois innovants.

 

N’oublions pas que le Tourisme, c’est avant tout une rencontre avec un territoire mais encore plus important avec les femmes et les hommes qui y habitent.

Le Tourisme, c’est l’accueil par la médiation humaine. J’ai souvent remarqué que les souvenirs les plus marquants pour les touristes restaient l’accueil qu’ils avaient reçu pendant leur séjour.

Aussi chaque territoire a un potentiel touristique.

Si nous faisons un peu de prospective dans un monde qui va croitre du point de vue démographique, chaque territoire et notamment les plus ruraux pourront avoir leur part dans le marché mondial du Tourisme.

Il y a bien sûr les grandes destinations, mais chaque territoire a ses spécificités, ses richesses, ses paysages, son histoire, son patrimoine, sa culture et bien sûr sa gastronomie.

Il s’agit de former des personnes à toutes ces thématiques.

Que chacun devienne un transmetteur de l’âme de son territoire.

Bien évidemment il faut penser le territoire, il est important de mettre en place les infrastructures en cohérence avec la stratégie déterminée et les attentes des hôtes.

 

Bref, chaque territoire a son potentiel touristique, c’est un levier extraordinaire de développement. Il est en termes de notoriété et d’attractivité le « déclencheur » pour obtenir d’autres entrepreneurs, des investissements sur d’autres secteurs.

En effet, il n’y a pas de volonté d’investissement dans un territoire triste où il ne se passe rien.

Au contraire, on souhaite entreprendre sur un territoire joyeux, accueillant où il y a de la vie !

Chaque territoire peut créer sa micro destination.

 

En revanche, il est important d’établir des ponts entre le monde privé et le monde public.

Des équipes et une osmose doivent s’établir entre ces deux mondes, sans cela la destination s’étiolera ou ne sera pas maitrisée.

 

5/ En France, et un peu partout d’ailleurs, le tourisme a beaucoup souffert de la pandémie. La question peut paraître pessimiste, mais y a-t-il de réelles chances pour que le tourisme et les voyages reprennent comme avant ?

Et quelle lecture faites-vous du tourisme en France dans ce contexte ? Quelles stratégies adopter pour sortir de la crise ?

Hugues Lallemand : La pandémie de la Covid 19 a été un choc terrible.

Le secteur touristique est le premier secteur à avoir terriblement souffert. On a assisté à un arrêt brutal de tous les flux touristiques, aussi bien pour l’hébergement, la restauration, que pour les sites de découvertes et toutes les activités connexes.

 

Je suis en revanche assez optimiste si des mesures d’incitation et d’aides sont mises en place afin que l’ensemble des acteurs soient dans les starting-blocks pour redémarrer dès la fin des mesures sanitaires en matière de déplacements.

Dès qu’il y aura la possibilité de se déplacer à nouveau, je pense qu’il y aura une appétence et une volonté de découverte et de dépaysement de la part de nos concitoyens, d’autant plus que beaucoup ont épargné.

Le tourisme intérieur devrait reprendre très vite, nous avons eu un aperçu avec l’été 2020.

Malgré le fait de ne pas avoir bénéficier de tourisme international, l’hexagone a profité d’une forte demande de la part des français qui souhaitaient s’évader et oublier cette période de repli et de confinement.

 

Comme après chaque grande crise, chacun souhaite oublier et profiter des joies que nous offre la vie.

 

Pour la clientèle internationale cela sera plus long, mais à nous de réfléchir pour nous organiser et proposer de nouvelles destinations en France.

N’oublions pas que nos scènes de vie qui nous paraissent simples et banales sont plébiscitées par ces clientèles.

Nos marchés, nos vieilles pierres, notre art de vivre font partie du patrimoine mondial.

Réfléchissons comment les mettre en valeur et les faire partager.

 

En revanche, pour nos grandes compagnies, nos fleurons de l’industrie touristique (Accor, Pierre & Vacances – Center Parcs, Compagnie des Alpes, Club Med…), des recapitalisations seront nécessaires.

C’est le moment pour ces entreprises de concevoir de nouvelles stratégies, de nouvelles alliances.

Certains pays européens et d’autres continents sont demandeurs afin de structurer et organiser leur tourisme.

Par ailleurs, espérons que les autorités publiques françaises et européennes inciteront avec des politiques fiscales et financières afin de réhabiliter et de concevoir de nouveaux concepts d’hébergements et d’activités en symbiose avec la protection de l’environnement.

Des équipes formidables travaillent sur de nouveaux concepts avec des bâtiments à énergie positive qui s’intègrent dans un environnement.

La politique touristique doit s’organiser en raisonnant sur une échelle à long terme. Il y aura plus d’habitants sur la planète donc plus de tourisme, il est nécessaire de prévoir des accueils et infrastructures où les flux touristiques seront répartis sur l’ensemble des territoires et avec une empreinte écologique réduite au maximum.

Il sera nécessaire de réhabilitater aussi des friches touristiques, anciens thermes, patrimoine historique abandonné… Au cours de mes déplacements, j’ai pu constater combien de sites oubliés croupissent sans trouver preneur !

Nous devrions répertorier et organiser un Grenelle du Tourisme sur cette thématique.

 

Les plans de relance européens et nationaux devront prendre en compte ces perspectives indispensables.

Monsieur Hugues Lallemand et plusieurs personnalités politiques

 

6/ Quels sont vos projets pour l’avenir ? Qu’y a-t-il dans vos cartons (dont vous puissiez parler bien sûr) ?

Hugues Lallemand : Au-delà de la mise en place de projets innovants, je souhaite m’inscrire dans une démarche essentielle pour le futur en m’impliquant dans la définition de formations innovantes qui intègrent les nouvelles pratiques environnementales, mais aussi les pratiques d’accueil repensées pour des clientèles internationales émergentes qui vont s’amplifier.

Et également renouer avec cette tradition française que nous avons eu tendance à abandonner, à savoir l’accueil d’excellence en symbiose avec notre art de vivre français, savoir protéger notre patrimoine si envié à travers le monde, et faire revivre nos gestes ancestraux, l’intelligence de la main. Favoriser aussi tous les métiers qui font naitre les rencontres.

Le secteur touristique dans son ensemble est porteur d’un gisement d’emplois important avec des femmes et des hommes formés aux exigences de notre temps.

C’est un challenge formidable porteur de richesses et d’expériences humaines pour les prochaines années.

Le tourisme c’est avant tout une rencontre concrète et vécue. Il est à l’opposé du monde virtuel. Il sera plébiscité dans le monde entier, vivre cette expérience sera le luxe de demain.

Pour en savoir plus :

Linkedin Hugues Lallemand

Hugues Lallemand sur businessimmo

 

Next Post

Previous Post

A la une | Interviews | Entreprises

© 2021 Histoires Vraies

Theme by Anders Norén