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Interview de Bachar Kiwan

Quelles sont les pistes à exploiter selon vous pour les entreprises au niveau de leur évolution numérique aujourd’hui ?

Bachar Kiwan : Le vrai défi du digital actuellement, c’est en fait la monétisation. Il faut trouver un modèle économique intéressant avec une visibilité financière. Aujourd’hui toutes les activités sont vouées à se reconvertir dans le digital. C’est une obligation indispensable pour ne pas disparaître. Ce qui se passe en Europe est un modèle pour le Moyen Orient.

En effet, la technologie a bouleversé la plupart des secteurs d’activités comme le transport, le service, le commerce, les médias, la culture… Ceux qui ont échappé à ce changement structurel ne le sont qu’à court terme c’est certain. Tôt au tard la technologie leur fera défaut et s’ils ne suivent pas cette révolution internet qui s’est lentement, mais sûrement imposée dans notre société, c’est l’échec assuré et la défaite certaine.

Notre vie au quotidien est bouleversée depuis une dizaine d’années par cette technologie qui ne cesse de se renouveler et d’évoluer et dont on ne pourrait aujourd’hui plus se passer. Il faut juste apprendre à gérer cette profonde transformation incontournable de notre société.

Quelles sont les possibilités d’évolution digitales pour les entreprises au Moyen Orient ?

Bachar Kiwan : Notre avantage au Moyen Orient c’est que nous pouvons prendre du recul dans le sens où nous avons souvent un temps de décalage pour certaines activités, et le numérique en fait parti. Nous avons donc pu donc apprendre, nous inspirer de ce qui se passe aux États-Unis ou en Europe afin de préparer plus sereinement notre économie à cette révolution. C’est une grande transformation tant au niveau de l’organisation de la structure de l’entreprise qu’au niveau humain.

Cependant les géants du secteur transactionnel e-commerce, implantés en Europe et aux États Unis, ont rapidement voulu s’imposer au Moyen Orient. Il est certain que pour nous, ce sont les meilleurs partenaires et que pour eux, s’associer avec les opérateurs conventionnels qui connaissent le marché et ont toutes les données commerciales locales sont la clé du succès. Comme exemple type nous avons souk.com et carim.com, deux copies d’Amazon et d’Uber qui se sont lancées chez nous. D’ailleurs Amazon, afin de réussir son implantation au Moyen Orient a acheté récemment souk.com.

Intelligemment Amazon s’est glissé petit à petit dans souk.com en additionnant son savoir à celui du groupe local. Ils sont aujourd’hui les leaders. Je ne serais également pas surpris de voir Uber acquérir très prochainement Carim qui a une application plus accessible à tous…

De ces exemples on voit les réussites digitales au Moyen Orient, initialement inspirés de celles en Europe et des États-Unis, avec parfois la fusion des deux pour devenir un grand acteur mondial.

Quels impacts cette évolution digitale a t’elle eu sur votre entreprise ?

Bashar Kiwan : Dans notre secteur, qui est l’impression et la distribution papier de magazines et journaux, internet a vraiment révolutionné et bouleversé notre univers. Nous avons été directement touchés par cette nouvelle façon de communiquer.

L’arrivée du digital, timide au départ, fut un peu un effet de surprise et nous avons du très rapidement et parfois, il faut le reconnaître, maladroitement, nous lancer dans ce nouveau moyen d’information qui ne cesse d’évoluer de jour en jour.

Ce virage digital a été très lourd et nous avons, collaborateurs, dirigeants, commerciaux, secrétaires et même clients et consommateurs, tous été mis à l’épreuve pour comprendre ce nouvel outil formidable mais complexe aussi. Il est indiscutablement aujourd’hui l’outil le plus important dans notre vie professionnelle. Il nous offre une communication rapide, efficace et permet une interactivité extraordinaire.

Comment voyez vous l’avenir au niveau digital pour le Moyen Orient ?

Bashar Kiwan : L’avenir du digital au Moyen Orient est guidé par ce qui se passe dans le monde moderne. Je crois que tous les modèles seront répliqués pour arriver à un utilisateur averti qui va exiger le même service et qualité au niveau mondial. Internet est accessible à tous et se développe à grande vitesse.
Cependant, l’Europe a de l’avance avec la 5g et l’adsl qui permettent plus de services, notamment dans le secteur de transfert de données et d’images. Alors, avec un temps de décalage, les mêmes réussites digitales ne tarderont pas à arriver au Moyen Orient.

Quelles sont pour vous les initiatives les plus admirables en terme de business numérique au Moyen Orient ?

Bachar Kiwan : Je reste convaincu que les deux licornes du digital au Moyen Orient sont souk.com et carim.com, copies d’Amazon et d’Uber, qui ont répliqué avec succès chez nous les services offerts sur d’autres continents. Et cela avant même que les deux géants n’arrivent au Proche Orient. Ces deux sites ont su pénétrer le marché local en adaptant leur service tout en reprenant les grands codes des leaders mondiaux.

Les entreprises du Moyen-Orient ont-elles consciences de leur e-réputation ?

Bashar Kiwan : La e-réputation est un concept naissant au Moyen Orient. Tôt au tard les entreprises devront construire et gérer leur e-réputation comme partout dans le monde.

Il est certain que ce service va prendre une place croissante dans les stratégies de communication des entreprises et des personnes avec des spécialistes qui vont devoir intervenir pour gérer les e-réputations personnelles et professionnelles. Nous n’avons aucune réglementation dans nos pays émergents.

Nos autorités n’ont pas encore statué sur une réglementation digitale et d’ailleurs, dans l’Union Européenne, ce n’est qu’en début de cette année 2018 que la loi sur la stratégie digitale n’est entrée en vigueur. Une réglementation dans nos pays du Moyen Orient ne saurait donc tarder également…

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