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L’interview de Gérard Depardieu sur Konbini

Interview de Monsieur Gérard Depardieu, acteur, chanteur, réalisateur, producteur de cinéma, de télévision et de théâtre français.

Retrouvez l’intégralité de l’interview ici.

Vous parlez du cinéma américain et que Tu apprends, ou tu apprends que du bois, tout seul… ils sont en train de vider Baloge là.

C’est quoi votre définition de l’ailleurs ?

Gérard Depardieu: (soupirs) l’ailleurs, c’est respirer un autre air, c’est écouter un autre son, pas forcément de comprendre la langue de l’endroit où l’on est, puis voir d’autres horizons. Puis voir d’autres gens, dans leur métier ou dans leur profession. Enfant, j’étais toujours ailleurs. Je ne restais jamais dans un cocon familial. Non, c’est une certaine liberté.

Ca, c’est une envie qu’on a très jeune, dès le début ?

GD: Je l’ai eu depuis le début, mais je l’ai toujours encore maintenant, et plus maintenant.

Pourquoi plus maintenant qu’avant ?

GD : Parce que j’ai été pris par de nombreux films que j’étais obligé de faire qui m’ont emmenés dans un certain ailleurs aussi avec le contenu. Et puis, après, j’ai vite fait le tour de ce métier et fais surtout les mises en scène des choses.
C’est d’ailleurs un pays où on ne comprend pas la langue, ou le paysage n’est pas le même, où il fait froid, où il fait très chaud. Le désert, il n’y a pas de limite ou d’horizon et/ou la ligne de l’horizon se confond. C’est le pacifique sur un bateau.

Et il y a une idée de perdre le contrôle

En fait…

GD : Non, le contrôle on l’a toujours puisqu’on perd le contrôle quand on est contraint. L’ailleurs, c’est le contraire de la contrainte.

C’est ça toujours qui vous tend à partir d’ici ou à partir de France ou de Paris ?

GD : Mais ce n’est pas forcément la France. J’ai fait 70 à 72 en France, ça va, mais. Même quand j’entends la langue française à l’étranger, je me barre.

Vous n’avez plus trop envie de l’entendre ?

GD : Non, et pourtant cette très belle langue, mais ce n’est pas ça. Je préfère apprendre autre chose.

Dès les premières pages de votre livre, vous évoquez comment votre mère avec le..

GD : Mais bien sûr que ça va très bien. Mais ça, ils le liront. Je l’ai dit, j’ai fait quatre ou cinq livres, ça y est dedans, tout le temps. Mais ce n’est rien ça, ce n’est pas… Au contraire, ça me donne envie de survivre.

Comment on s’extirpe de ça en fait ?

GD : Mais rien, il n’y a rien de phénoménal et puis il n’y a rien de triste dans cette enfance. Je ne comprends pas, les mecs disent « ça a dû être dur », mais pas du tout. Je pense que ton enfance est certainement plus dure.

Et pour vous, du coup, c’était naturel de partir et justement d’aller vers ce fameux « ailleurs » ?

GD: Mais je ne suis pas parti pour ça. Je suis parti parce que je suis toujours parti. Quand j’étais petit à 8 ans et que je faisais le tour de la ville de Châteauroux dans la nuit, la nuit, c’est déjà un ailleurs.

Et la rencontre, j’imagine, avec les… vous en parler, les Algériens, les Américains, les GI’s..

Gérard : Oui, oui, bien sûr.

[Applaudissements]

Quand on est avec des gens qu’on ne connaît pas, on est déjà parti. Après, il y a le fait physique.

Et quand vous dites justement que vous preniez la vie comme elle venait, ça résume beaucoup aussi toute votre vie, toute votre carrière aussi ? Enfin, les propositions de films, les propositions de voyages…

GD: Oui bien sûr, oui. J’ai fait des mans, j’ai fait de grands films, mais c’est normal quand on fait 5 à 6 films par an… et puis c’est tout. Mais je me suis toujours en général assez bien démerdé puisque j’ai toujours su à peu près… mais de là à savoir si je m’en souviens, non. Ça, c’est oublié.

J’ai lu dans une autre interview en fait que vous disiez que vous aviez enfin échappé à cette idée que vous aviez été viré de l’Église, viré de l’éducation, que au fond…

GD : Non, ça n’a pas été… ce n’était pas une douleur.

Oui bien sûr non…

GD : La preuve j’ai eu la joie de me faire baptisé orthodoxe parce que j’étais le parrain d’une petite fille que j’adore. La liturgie orthodoxe russe parce que la culture russe m’a toujours passionné et puis je me sens très russe effectivement.

Vous avez été aussi musulman pendant deux ans…

Gérard Depardieu : Oui, mais ça aussi parce que là, c’est la seule religion pour les pauvres. Je ne te parle pas des schistes à l’intérieur de religion musulmane. Je pense que les chiites ont recommencé à foutre la merde, ça c’est le diable, dans la religion parce qu’on ne peut pas mettre de la politique dans la religion.
D’ailleurs, c’est pour cette raison que chez les chrétiens, il n’y a plus de… Il n’y a plus de chrétiens à tant d’autres points…

Mais qu’est-ce que vous vous retirez de ces deux ans en tant que musulman ? Est-ce que vous en tirez des leçons ou pas ?

GD: Je dis que c’est très difficile d’être musulman en France ne serait-ce que pour la nourriture et ne serait-ce que pour les prières. D’abord, les prières, on les a traduites en français, mais moi je n’aime pas tellement la prière parce que la prière, ce n’est pas comme ça que je la vois.
La prière, je la vois quand je marchais sur les routes ou que je revenais, plutôt comme le récit d’un pèlerin russe et des respirations que tu mets sur des mots pour enlever ta peur ou ta crainte ou quelque chose et retrouver une paix.

[Musique]

Le récit du pèlerin russe est anonyme, c’est vieux comme… on ne sait pas d’où ça vient et c’est tout. Lis-le et tu verras. Mais les prières, la prière par cœur, ça je m’en fous.

Est-ce que le cinéma, ça vous a fait renaître ?

GD : Non, ça m’a fait, ça m’a donné ce dont j’avais envie à savoir le besoin de de comprendre ce que ce disais puisque j’avais perdu la parole. Après, j’ai lu et j’ai lu à haute voix et j’ai vu les émotions que ça m’apportait. Mais ce n’est pas le cinéma, le cinéma c’est des techniciens qui sont plus ou moins inspirés avec des gens qui se prennent pour des acteurs. Moi je n’étais pas du tout acteur. Simplement, je citais et je transmettais des textes.

Extrait de film

« — On avait dit que si le temps se levait, on irait faire une cueillette.

— Une de quoi ?

— De champignons.

— Le mec qui me fera bouffer des champignons, il n’est pas encore né. D’ailleurs, il va pleuvoir. »

Et là ça passait par le corps, par le mouvement et pas forcément par la parole.

GD : Le mouvement, je ne sais pas. Ça, c’est pour les gens qui ont cette idée du métier d’acteur. Mais ça, moi je m’en fous. J’aime me dire que la performance physique qu’a faite Joachim Phoenix dans Joker est très bonne.

[Musique]

Mais ça vous impressionne ou ça vous… ?

GD: Non, je le trouve très bon. Simplement c’est fatigant, c’est chiant à faire.

Extrait de film

« Nous voilà débarrassés du superflu, on va pouvoir aborder l’essentiel »

Il y a cette idée de rythme en vous, de musique au cinéma quand vous jouez les scènes. Et ça, c’est important pour le coup. Pas dans la performance, mais un côté « trouver un rythme dans l’élocution dans la parole »…

GD : Je n’ai jamais pensé à ça. Je vous disais que la diction entraîne des sentiments et c’est tout. L’important c’est d’être compréhensif, c’est que l’on comprenne ce que tu dis. Et que tu donnes ce… avec les mots que tu dis, ça entraîne des choses physiques qui t’échappent. Mais tu ne peux pas travailler ça. Il y a des gens qui pensent ou qui croient qu’ils le travaillent, mais c’est lourd, ça fait « pléonasme ».s

Dans « ailleurs », vous dites justement que la culture permet de tuer la violence dans certaines personnes…

GD: Normalement, ça sert à ça. C’est vrai que plus tu es cultivé, plus tu es tolérant.

Extrait de film

« — une technique de coup de tête, vous faites comme ça… Mais aucune force. C’est d’ici que ça doit partir

— Ben dit donc…

— Voilà ».

C’est une leçon vous avez appris justement qui vous vous convient aussi ?

GD : Non, mais j’ai constaté que quand, si tu veux, quand tu tombes chez des abrutis avec des mots que tu ne comprends pas, il vaut mieux sourire plutôt d’essayer de comprendre. Tu peux prendre un coup ou un coup de couteau… non. Tu souris et ça va très bien.

Et vous citez le prisonnier d’Alcatraz avec Bertrand…

GD : Non, mais ça, c’est autre chose. C’est parce que dans le prisonnier d’Alcatraz il y a… d’ailleurs il y a aussi dans le film avec Tom Hanks, la ligne verte ; avec ces types énormes et cette petite souris, mais là c’est l’oiseau. Bon, ça, c’est les cinémas américains qui sont un peu tirés par les cheveux qui sont… c’est bien quand on est gamin à Châteauroux et qu’on voit le prisonnier d’Alcatraz. Mais après j’ai travaillé avec Burt Lancaster, c’est vrai que c’était impressionnant.

c’était un peu tiré par les cheveux pour la ligne verte, mais c’est quoi votre rapport justement au cinéma américain maintenant ?

GD : Ah, bah ça fait chier, il n’y a plus rien de bon. Scorsese, je n’aime pas du tout…

Et vous aimiez une époque Scorsese par exemple ?

GD : Non, je n’ai jamais… j’ai toujours pensé que c’était un peu surfait. Et d’ailleurs, que ça soit aussi aux acteurs… Leo dicaprio était à un acteur à peu près libre, mais là, depuis qu’il s’est mis avec Scorsese, ça y est. C’est un mec qui enlève la joie de l’acteur.

D’accord, donc là vous venez de dire justement que le meilleur acteur, c’est l’acteur le plus libre en fait, c’est ça ? Celui qui a pas vraiment de…

GD : Oui, oui…

Et vous n’avez personne en tête justement qui..

GD : Non, mais il n’y en a plus, c’est fini, ce métier est pourri. Maintenant c’est des mecs qui font leurs trucs avec les Tik Tok… c’est bon.

Même en France, vous ne voyez pas d’acteurs qui pourraient…

GD : Si, il y a des acteurs que j’aime beaucoup… les acteurs, je ne les juge pas. C’est très bien, ils veulent faire ces choses. Ou même, je pense, les actrices sont plus courageuses… c’est plus courageux d’être actrice femmes que hommes.

Vous évoquez justement la jeunesse dans votre livre et vous dites justement qu’ils ne recherchent pas forcément un nouveau travail, ils recherchent de nouveaux horizons et commencent à vous…

GD: Ah oui, ils cherchent un ailleurs. C’est ce que je dis, ils cherchent un ailleurs, voilà. Mais malheureusement, ils sont bloqués. Leur ailleurs, c’est de jouer avec des mannettes, avec… moi je ne sais pas comment ça fonctionne ces choses-là. Eux, ils savent. Mais simplement ce qu’ils voient, ce n’est pas toi, il y a toujours quelqu’un qu’il faut voir à la place de toi. Je trouve que c’est… c’est très facile puis, ce n’est pas ça quoi. Tu as un charisme ou tu n’en as pas, tu peux avoir les… en tout cas, si tu as un charisme ça dure. C’est de plus en plus éphémère. Je pense que les gens vont très vite maintenant.

Vous pensez que cette partie de la jeunesse peut passer à côté un peu de sa vie ?

GD : Ah non non non non, du moment qu’elle est heureuse de faire ces choses-là. Mais elle risque parfois d’être déçue. Il est temps de trouver autre chose, le plus vite possible.

Parce que vous, votre idée, c’est de vivre dans l’instant présent. L’idée c’est ça, c’est de ne pas être lié justement au passé, aux souvenirs…

GD : Oui, justement. C’est pour cette raison que jamais, je ne me servirai de ces choses-là. Mon instant présent, c’est le présent de l’ailleurs justement. C’est ce que je ne connais pas.

Et qu’est-ce qui vous nourrit justement là-dedans ? Ewnfin, comment vous allez vers l’ailleurs en fait ? Qu’est-ce qui vous…

GD: Parce que j’en ai marre d’être là par exemple. Là par exemple, là tu vois, si jamais je me fais chier, bah je me barre. Tu comprends ? Qu’est-ce que tu veux que je te réponde à ça ?

Je ne sais pas…

GD : Bon ben, c’est tout. Ben oui, je me barre, terminer, c’est tout.

Non, je me demandais si vous voyez, je ne sais pas, des expositions, des lectures, de la culture. Est ce que c’est ça ou sinon la culture. Est-ce que ça aussi c’est…

GD: Non, non non non. La culture il n’y en a pas.

Mais ça existe encore

GD : Non, je lis, mais la culture, c’est une organisation. C’est des amphithéâtres, c’est des gens qui donnent des repères des choses, et après tu apprends. Tu apprends, ou tu apprends que du bois, tout seul… ils sont en train de vider Baloge là.

Et vous, ça vous emmerde justement le côté éducation, quelque chose d’assez strict.

GD : Oui, ça me fait chier

Si je vous pose la question de « entre agir et comprendre », vous choisirez quoi ?

GD: Agir et comprendre ? Comprendre.

Et pas justement agir dans le sens de l’imprévu, de l’ailleurs aussi ?

GD : Mais l’ailleurs, quand tu vas ailleurs, tu n’as pas besoin d’agir puisque tu es ailleurs. Donc, qu’est-ce qui reste à faire ? À comprendre l’ailleurs. C’est-à-dire que d’un seul coup, tu vas comprendre la langue même si tu ne la parles pas. Bon, c’est tout ? C’est bon là, on est bon.

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